Depuis mon arrivée à Buenos Aires, je vis une multitude de choc. En voici le récit.
Que suis-je venu chercher ici en Amérique? L'aventure? L'exotisme? Le different? Le changement?
Paradoxalement, c'est au Mexique où pourtant mon séjour s'organisait autour de ce stage à la Mission Militaire Française au sein de l'ambassade de France, que j'ai fait l'expérience de la différence. Par chance ou par malchance, je suis doté d'une couleur peau qui de part l'Histoire est à la fois enviée, jalousée et haïe. Dans ce pays, être un blanc, un guero et être définit comme tel par la majorité de la population moréna, est une expérience incroyable et destabilisante. Être salué d'un « Hola Guero! » sans méchanceté d'ailleurs puisqu'ici, il s'agit plutôt d'une interjection honorifique, rappelle néanmoins à chaque instant que celui d'en face est plus sombre de peau. Sans jamais m'être senti rejeté par racisme, sortir de ma confortable position de français blanc parmi tant d'autre m'a montré ce que pouvaient ressentir nos minorité de couleurs en France. Au Mexique, j'étais le différent, le non-normal alors qu'en France, je fais parti de la norme. Mon expérience n'est pourtant pas complète puisque cette différence est facilement vivable. Au Mexique, le blanc est partout au sommet de l'échelle sociale. C'est un pays de Morenos rêvant de pâleur. Leurs dirigeants sont gueros, leurs publicités sont remplies de gueros.... Difficile de comprendre ce pays où une chose et son contraire peuvent co-exister. Les morenos envient les gueros et les jalousent. Les mexicains haïssent les USA mais reproduisent leur style de vie... Contradictions... Je ne porterai pourtant pas de jugement ni n'essaierai d'élucider tout ceci car trois mois dans ce pays finalement merveilleux, ne sont pas suffisant pour le comprendre.
Revenons donc en Argentine. Ici, je suis un blanc parmi d'autre blanc. Pour l'anecdote, quand j'arrivais au Mexique à donner le change sur mon niveau d'espagnol grâce à des petites phrases courtes mais prononcées parfaitement, les gens me prenaient pour un argentin. Cela m'est arrivé 2 ou 3 fois, je le jure et c'est un vrai régal !
Ici donc, pas de problème de différence mais un tourbillonnant mélange européen. On pourrait résumer Buenos Aires ainsi: il s'agit d'un Paris architectural où la population est composée d'italiens chantant l'español. Quel bonheur de retrouver ici des bouquineries à chaque coin de rue, des galleries d'art dans tous les quartiers. Pas de ça à DF et pourtant je vivais dans les quartiers fresa de la ville.
En plus de ce choc culturel, le choc climatique. D'une chaleur sèche ou humide en fonction de là où je me trouvais au Mexique, je passe ici à la froideur d'un Hiver de zone tempérée. Comme c'est agréable de sentir sur son visage la morsure du froid alors qu'en même temps le reste du corps est au chaud sous de multiple épaisseurs de vêtements. La lumière est jaune comme chez nous en décembre. Il fait nuit vers 18h00 comme chez nous à la même saison. Comme chez nous... C'est je crois, l'expression qui résume le mieux mes premières impressions.
Comme chez nous mais avec en même temps ce petit truc qui fait la différence. Ces batteurs de tonneau sur les trottoirs faisant un boucan d'enfer à 200 mètres du ministère de l'intérieur et des flics en factions... Cette ambiance italiano-espagnole imperceptible mais bien présente, argentine en somme.
Devant ce rêve, un malaise me prend. Je me demande comment ce pays a pu sombrer dans une des plus noirs dictatures du continent. Comment les gens d'ici ont pu se laisser duper par des gouvernements odieusement vendus à l'Occident, odieusement achetés par nos multinationales. Savez vous que sous la dictature de Videla, la France de Giscard d'Estaing a collaboré à la mise en place d'escadrons de la mort en exportant sans complexe son expérience de contre-renseignements acquise en outre pendant l'affreuse bataille d'Alger... On en apprend plus sur son pays et sur soi-même en voyageant. Comme l'a dit une jolie suisse rencontrée dans la guatémaltèque Flores, la France est unegrande puissance aux mains rouge et à la conscience douloureuse... Mais passons...
Voici l'Argentine qui s'offre à moi, européenne, américaine: multiple.